L’affaire Clearstream ne se résume pas au seul combat des chefs, Nicolas Sarkozy et Dominique de Villepin. Elle est bien plus que cela. C’est une certaine histoire de France, celle de la mondialisation des capitaux, de l’émergence d’une Europe de la défense, et des relations dangereuses entre politique et vendeurs d’armes.
Une histoire folle, qui dit tout de l’époque ; une machination dont les secousses se font encore sentir.
Vous voici au cœur de l'expérience Manipulations.
A votre disposition, ce mur d'indices, d'archives, de notes secrètes ou intimes.
Considérez-le comme votre bureau, votre quartier général, ou votre refuge.
Commencez par rendre visite à deux personnages clé de l'affaire: Denis Robert, journaliste, et Jean-Louis Gergorin, ancien diplomate et stratège d’EADS. Posez leur vos questions.
Leurs témoignages vont vous ouvrir des pistes. A vous de les explorer, en feuilletant les documents à votre disposition, en écoutant les vidéos, en exhumant des secrets d'Etat, dont certains, classés, sont révélés ici pour la première fois. Reconstituez les liens entre les protagonistes, les pouvoirs, les filières industrielles et les flux financiers.
Vous tenez la souris, vous tenez le récit.
Il n'y a ni point de départ ni point d'arrivée, mais des ramifications, des flèches, des mots clés. C’est une affaire de circulation. Suivez la piste, ou plutôt les pistes, qui vous intéressent, qui excitent votre curiosité.
Comme dans toute investigation, il y aura des incidents, des embuches, des revers. Vous croiserez aussi des alliés. Observez en direct l'évolution des autres internautes, qui mènent leur enquête, débusquent des trouvailles ou butent sur des portes fermées. Ils vous mettront sur la voie. Enfin, une équipe de journalistes est là pour vous aiguiller en direct. Posez leur vos questions, faites part de vos doutes, sollicitez leur aide.
N'oubliez pas. Vous êtes maintenant maître de l'histoire.
Octobre 2002, Imad Lahoud, un ancien trader, sort de prison. En quelques semaines, il parvient à opérer une ascension fulgurante au sein des services secrets français. Il bénéficie de l’aide de Jean-Louis Gergorin, stratège du complexe EADS, qui lui présente le Général Philippe Rondot, maître-espion des services français. Lahoud lui promet Ben Laden, l’appât fonctionne. Lahoud devient agent de la DGSE, obtient un emploi de couverture chez EADS.
Pour pister l’argent de Ben Laden, Lahoud a besoin de la liste des comptes bancaires de la « chambre de compensation » Clearstream. Cette dernière est l’instrument mis en place par toutes les banques du monde pour centraliser l’ensemble des opérations de transferts de titres et de capitaux effectuées dans le monde. Un journaliste en a décrypté les mécanismes : Denis Robert. Son livre, « Révélation$ », décrit comment ce système peut être détourné pour blanchir l’argent sale. Robert et ses informateurs sont plongés au centre d’une gigantesque polémique. Commence un interminable harcèlement judiciaire, dont il sortira victorieux. Car Denis Robert n’a rien lâché : fin 2001, il rencontre un nouvel informateur, Florian Bourges, qui lui transmet un nouveau listing de comptes daté de septembre 2001. C’est ce listing qu’Imad Lahoud récupère, quand il contacte Denis Robert en février 2003.
2003. La DGSE commence à sérieusement douter d’Imad Lahoud. Or, en mars 2003, Jean-Luc Lagardère décède subitement. Bouleversé par la mort de son patron, Jean-Louis Gergorin soupçonne un assassinat. Pour comprendre sa paranoïa, il faut revenir sur une décennie de restructuration de l’industrie d’armement française. Deux géants s’affrontent violemment, Jean-Luc Lagardère à la tête de MATRA et Alain Gomez, PDG de THOMSON. La victoire de Lagardère sera totale, Matra est devenu EADS, numéro 2 mondial de l’aviation et de l’industrie de la défense. Un triomphe qui lui vaut de nombreux ennemis. Dans ce monde des marchands d’armes, tout est possible, y compris le meurtre. A la mort de Lagardère, Imad Lahoud comprend le désarroi de Gergorin. Il va tout faire pour alimenter sa parano.
Lahoud démontre à Gergorin que des mouvements suspects sur le titre Lagardère ont bien eu lieu dans les semaines précédant la mort du capitaine d’industrie. Grâce aux faux listings Clearstream, Lahoud promet à Gergorin qu’il va retrouver les bénéficiaires. Or stupeur : Lahoud affirme y découvrir le nom d’Alain Gomez, l’ancien PDG de Thomson. Au fil des jours, d’autres noms surgissent, comme celui d’Andrew Wang, l’intermédiaire de Thomson dans le contrat des frégates de Taiwan. Un contrat de 16 milliards de Francs dont la signature a nécessité la mise en place d’un système de corruption impliquant les dirigeants communistes chinois, les militaires taiwanais… et le pouvoir politique français. Où l’on découvre le mécanisme complexe des rétro-commissions et des liaisons dangereuses entre marchands d’armes, services spéciaux et pouvoir exécutif.
Janvier 2004, Gergorin est convaincu que la mort de Lagardère s’explique par ces systèmes de corruption. Il se rend au Quai d’Orsay pour informer Dominique de Villepin. But : lancer une grande enquête, trouver l’assassin et nettoyer le système. Quelques semaines plus tard, Lahoud apporte de nouveaux listings Clearstream où apparaît maintenant un autre réseau de corruption impliquant Brice Hortefeux, l’homme de Nicolas Sarkozy. Un réseau qui mène directement à la guerre des droites au milieu des années 1990 et à un trésor de guerre supposé des balladuriens. Dans l’ombre plane l’affaire Karachi. Voici maintenant le nom même de Nicolas Sarkozy sur les listings. L’affaire s’emballe. Gergorin se fait corbeau et transmet anonymement les listings au juge Van Ruymbeke. Le juge découvre que les listings sont faux. Les rivalités politiques se font haine, le déballage atteint son paroxysme. Deux procès plus loin, l'affaire est loin d'avoir tout révélé.