L’investigation
Un homme est à l’origine de l’affaire Clearstream: Denis Robert, journaliste-enquêteur. A l’été 2008, il était devenu pestiféré. Ses révélations sur le fonctionnement de la finance internationale et la chambre de compensation Clearstream avaient permis de découvrir ce que la crise des « subprimes » a montré: un capitalisme financier devenu fou. A l’époque, personne ne veut le croire. Clearstream fait tout pour le réduire au silence, il croule sous une avalanche de procès et plus aucun média ne le soutient.
Les films
Nous avons rencontré Denis Robert en octobre 2008. Il nous a raconté son histoire. Ses mises en examens. Son combat infernal. Nous avons décidé de réunir une équipe d’enquêteurs afin de reprendre les faits à la racine, et faire éclater la vérité. Pendant trois ans, nous avons été les témoins privilégiés du grand spectacle qui devait se terminer par la pendaison « à un croc de boucher » de Dominique de
Villepin. Ce spectacle nous a servi de brèche.
La journaliste Vanessa Ratignier a tout compilé, puis s’est faite acceptée des principaux protagonistes de l’affaire. Chaque semaine, elle accumulait les pièces, remontait les sources, rouvrait des dossiers enterrés. A l’automne 2009, l’enquêteur Pierre Péan nous a rejoint. Il nous a fait rencontrer un autre homme détruit par l’affaire : Jean-Louis Gergorin, le n°2 d’EADS.
Archives, « zone grise », longtemps, ce que Vanessa Ratignier et Pierre Péan trouvaient posait plus de questions qu’autre chose. Souvent, ils se sont perdus. Chaque quinzaine, ils se retrouvaient, discrètement, loin de Paris, pour faire le point. Personne ne devait savoir qu’ils travaillaient ensemble. Peu à peu, une vérité se dessinait. Denis Robert avait tout compris, et Jean-Louis Gergorin était innocent.
Jean-Robert Viallet, réalisateur, prix Albert Londres 2010, a rejoint l’équipe au printemps 2010. Grâce à lui, son recul, son sens de la mise en scène, l’histoire a pris forme. Il fallait aller à Taïwan vérifier, rencontrer des informateurs peu diserts, éplucher des carnets secrets…
L’expérience web
Grâce à France 5, cette histoire, aussi effrayante que captivante, vous est livrée, brute de décoffrage. Mais nous avons estimé que l’aventure des enquêteurs, Vanessa, Pierre et Jean-Robert, valait d’être partagée. Qu’on en apprend plus en évoluant dans la « zone grise» qu’en l’observant à distance. Que la dernière étape de notre enquête était d’aller au bout de notre logique : se montrer transparent sur nos outils et notre méthode, autant que sur les enjeux de cet univers.
D’où l’idée de cette « expérience web » qui place l’internaute au cœur de l’enquête, parmi des heures de films, des centaines de pages de documents. Nous avons ouvert leurs tiroirs, raflé leurs dossiers, piqué leurs rushs, scanné quelques secrets défense, et finalement tourné de nombreuses nouvelles séquences. Et confié le tout à David Dufresne et Sébastien Brothier, scénariste et concepteur, qui ont imaginé le dispositif : une narration à l’image de l’affaire, avec des liens, des chausse-trappes, des pistes, vraies et fausses, des ramifications, et des télescopages. En trois mois, qui comptent double si on intègre les nuits blanches, l’équipe d’Upian parvenait à mettre la dernière ligne de code, le jour J, à l’instant T. Voici le résultat. A vous d’enquêter. Vous verrez : au fond, dans la «zone grise», tout est logique. Sauf le facteur humain. A vous d’en tirer les leçons.