Vente aux enchères Trauner-Prévert, voyage au coeur d'une amitié
Publié le 25/10/2012 à 12H34, mis à jour le 10/12/2012 à 15H16
Alexandre Trauner et Jacques Prévert à Saint-Paul-de-Vence
© DR
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Le nom d'Alexandre Trauner ne vous dit rien ? Pas de panique. Pour cerner le talent de ce créateur, il suffit d’aller au cinéma où l’on peut découvrir (ou redécouvrir) la version restaurée des « Enfants du Paradis » dont les décors sont signés Trauner. Des décors somptueux qui ont contribué au succès du film. Mais Marcel Carné ne fut pas le seul à utiliser les talents de l’émigré hongrois (élève aux Beaux-Arts de Budapest, Trauner fuit en 1929 le régime antisémite du général Horty). Orson Welles fit aussi appelle à lui pour son « Othello » en 1952, idem pour Howards Hawks (1955, « La Terre des Pharaons ») , John Huston (1975, « L’homme qui voulut être roi » mais aussi Claude Berri (« Tchao Pantin »), Luc Besson pour « Subway ».
Alexandre Trauner - Subway "L'entrée du logement du Roller" © DR
Pour ce dernier, Alexandre Trauner décrocha en 1986 le César du Meilleur décor (avant cela , la récompense lui était déjà revenue pour « Monsieur Klein » et « Don Giovanni », deux films de Joseph Losey). En 1960, c’est un Oscar qui lui avait été décerné pour « La Garçonnière » de Billy Wilder. Les plus grands cinéastes ont donc travaillé avec lui. Sa particularité ? Une exécution hyper soignée et un sens du détail qui donnent à ses réalisations un aspect très réaliste mais « sublimé » car Trauner arrive à interpréter le réel tout en lui imprimant sa propre vision.
Trauner-Prévert, une complité créatrice
Rien d’étonnant donc à ce qu’Alexandre Trauner trouve en Jacques Prévert un frère de cœur et de création. La vente de Drouot comporte de véritables trésors qui retrace cette complicité inaltérable : scénarios manuscrits, collages, photos de repérages de films signées Prévert mais aussi correspondances manuscrites entre les deux hommes. Un vrai trésor.
jacques prévert (1900-1977) Une partie de campagne. Le déjeuner sur l’herbe. 8 planches autographes préparatoires du scénario avec dessins originaux. 1936 ; 8 feuillets in-folio. © DR
Au total, la famille Trauner se sépare de 340 lots estimés à près de 400 000 euros. La vente a atteint 714 605 euros avec un record pour une maquette du boulevard du Crime pour « Les Enfants du Paradis », une huile sur toile de Trauner réalisée en 1943. Elle a été vendue 78 000 euros. Pour avoir un aperçu des œuvres proposées, il suffit de consulter le catalogue de l’exposition qui a été pensé comme un livret de cinéma. Il raconte tout l’itinéraire de Trauner, de sa naissance en Hongrie en 1906, à sa mort en 1993 dans le Cotentin. Images, dessins, mais aussi extraits d’entretiens réalisés par Jean-Pierre Berthomé (1989 - Editions Jade-Flammarion). On y trouve notamment cette citation de Billy Wilder au sujet de Trauner : « Je l’aime parce qu’il n’a rien à faire des bavardages futiles, que chaque minute avec lui est un enrichissement... Toute nouvelle distinction décernée à Trau est méritée et je m’en réjouis. Il a eu l’Oscar, le César, une exposition de ses maquettes a fait le tour du monde... Et après ? Le Prix Nobel, j’espère. »




