Une permanence syndicale déclinante
© Pierre Tremblay
On arrive à Fourmies par une petite route, en quittant coup sur coup deux Nationales très fréquentées. Excentrée, presque marginale, c’est une ville affaiblie par le chômage et par l’exode rural. Et qui, aux prises avec les difficultés du quotidien, n’attend pas grand chose de la présidentielle.
« Vous savez pourquoi on a installé les filatures à Fourmies ? » « Parce qu’on est courageux ! » Ce visiteur de l’écomusée de Fourmies a sans doute raison : il en faut, du courage, pour vivre ici.
A l’extrême sud du Nord, dans le canton de l’Avesnois, Fourmies compte 13 000 habitants, dont 34% de chômeurs. Il ne faut pas longtemps pour se sentir oppressé par une ambiance pesante, indigence mâtinée d’immobilisme. En ce matin glacial de février, pourtant jour de marché, la ville semble incapable de sortir de sa torpeur.
De Fourmies, la campagne présidentielle semble lointaine. Pas de distributions de tracts sur le marché, pas de discussions politiques. Devant les fromages, on parle de la température. A côté des légumes, de la famille de l’un et de l’autre. Et, accoudés au zinc des bistrots, de foot.
Seul à braver le froid, immobile, Jean-Charles Cournut distribue le journal de Lutte ouvrière. Les Fourmisiens s’arrêtent pour le saluer, parlent de tout, de rien. « Je peux te payer la semaine prochaine ? » Évidemment.
On ne compte pas le nombre de coiffeurs, boulangeries, restaurants, agences immobilières fermés. Les bars, seuls, résistent. La ville n’a pourtant pas toujours semblé être cet assommoir décrépi et grisâtre. Autrefois capitale prospère de l’industrie textile, elle comptait 32 filatures au début du siècle.
Cette puissance industrielle s’accompagnait d’une vraie conscience politique. A Fourmies, politique et syndicalisme ont toujours été solidement entremêlés. La ville est faite symbole de la cause ouvrière le 1er mai 1891, lorsqu’un bataillon de gendarmerie ouvre le feu sur des ouvriers réclamant la journée des huit heures. 7 morts, érigés en martyrs par les socialistes et les syndicats.
A l’époque, Paul Lafargue et Jean Jaurès s’étaient rendus à Fourmies. « On a fêté les 120 ans de la fusillade l’an dernier, tous les chefs de la gauche et de l’extrême-gauche étaient invités : Nathalie (Arthaud, Ndlr) est la seule à être venue », regrette Jean-Charles Cournut.
« Pas besoin de syndicats ! »
A Fourmies aussi, le souvenir de la fusillade s’efface. « Oh, vous savez, les jeunes, la politique… Moi, j’ai commencé gamin, plus jeune que vous ! Mais maintenant, c’est difficile », poursuit Jean-Charles. La mairie est encore communiste, mais, comme à Raismes, plus par habitude que par conviction. D’ailleurs, elle était passée dans le giron de l’UMP en 2001 à cause de dissensions à gauche.
Le délabrement de la centrale syndicale corrobore le constat du seul militant du marché. Des vitres brisées, des briques noircies, et des autocollants à l’envers. Comme les militants, les syndicats sont vieillissants. Presque obsolètes. « Le morcellement du travail, c’est terrible. Avant, on avait 1 000 ouvriers par usine ! Maintenant, la plus grosse de la ville, c’est la visserie, pas plus de 250 emplois. »
180 exactement. Moins d’ouvriers, moins de poids politique. Quand Claude a commencé à la visserie, en 1980, « ils étaient plus de 600 ». Aujourd’hui, ils sont six. L’usine Agrati, filiale de PSA, cache derrière une entrée proprette et moderne des vitres cassées, de la brique et des portes mal fermées.
A côté d’un gigantesque seau de vis, Claude se tient droit, les mains dans les poches. Malgré le bruit assourdissant, il entend les questions du premier coup. « Les fours, on ne peut pas les arrêter, donc on travaille le week-end. Mais on fait tout tourner avec six gars ». Désignant du menton les affiches CGT un peu jaunies dans les escaliers, Claude dit n’avoir jamais été syndiqué : « Pas besoin d’eux, je peux me défendre tout seul ! »
Le contremaître vient le rappeler à l’ordre, et engueule gentiment les visiteurs incongrus. « Les journalistes, ici, c’est rare ! Vous pouvez pas rester, j’aurais des problèmes. Mais revenez jeudi, y’aura un débrayage. »
Le bout du monde
Les rues de Fourmies sont vides. Par ce froid, il faut s'arrêter au café pour trouver les habitants. Au PMU, c’est l’heure des courses. Les habitués interpellent le patron, parlent fort, reluquent les visages étrangers. Inutile d’engager la conversation, « le numéro 8 est non-partant ». Mieux vaut laisser les aficionados à leur désarroi. Au Café des sports, un peu plus loin, l’ambiance est plus calme. Plus désuète, aussi. Pas de télévision, des affiches arts déco, un papier peint fleuri aux couleurs passées et une odeur d’anis persistante. L’endroit semble encore arrimé aux années 50. Là aussi, des habitués.
Denis Torlet a 53 ans, il est employé par la mairie. « Pourquoi je partirais moi ? Je suis né ici ». Tant pis si la campagne se déroule loin des préoccupations de Fourmies, Denis sait déjà ce qu’il votera. « Communiste depuis toujours », ce sera « Mélenchon au premier tour, et le socialiste au deuxième ». Mais il ne parle jamais de politique. « Les gamins non plus, ça ne les intéresse pas ».
Et effectivement, la conversation s’épuise assez vite. On ne parlera plus que du prochain Tiercé. Jusqu’à ce que le patron du Café des sports, qui n’avait pas encore ouvert la bouche, lâche, mi bravache, mi résigné : «Pourquoi qu’ils viendraient, les candidats ? Ici, on est au bout du monde.»
Corentin Dautreppe
Diaporama et photographies Pierre Tremblay
05/03/2012 | 10:50
toud d'abord je tiens fortement à féliciter le travail de fond qui a était fait dans notre commune (ironie)
à croire que les compétences journalistique du service public est aussi compétent que les organisme publique tel que pole emploi caff sécu ect.......
Merci au services public pour ce travail de démoralisation puis l'encouragement fait aux investisseurs industriel de ne pas venir s'installer, investir chez nous!!!!!!!
Fourmies produisait PLUS DE 40% de la production francaise de laine peigné, jusqu'au jour ou l'avancer des technologies industriel, l'ouverture des frontières et l'accentuation de la mondialisation et du capitalisme plus que sauvage, IRADIQUE le potentiel ouvrier dans le domaine textile laissant sur le carreau toute une ville, sur plusieurs génération!!!! à l'époque, me semble -t-il aucun journaliste du service public n'a pris l'initiative d'informer afin que les politiques ou autres puisse prendre position, il est certains qu'il est plus facile de marcher sur des cendres une fois le feu éteint!!!!!!
Le raccourci fait par ce journaliste sur la population est aussi valorisant qu'une banderole au parc des princes!!!!!!! merci pour la considération!!!!!!!!!
de plus il ne fau pas faire d'ecole de journalisme pour savoir que dans les bars sa sent l'alcool et que bien souvent ceux qui passe leurs vies dans les bars sont souvent ceux qui n'en n'ont pas.....
Pourquoi ne pas mettre en avant qu'un axe autoroutier pourrait fortement nous désenclaver afin d'aider nos politiques à oublier la capital et sont nombril !!!!! la france ne s'arrete pas à Florange !!!!!!!!
et sachez que pour ma part je m'interresse plus à la politique qu'elle meme ne s'interresse à moi
Permettez moi de m'indigner !!!!!!!!!!!!!!!!!!!
25/02/2012 | 11:07
Ah, l'attaque ad civitatem, la réduction d'une multitude de sujets humains à l'appartenance à un groupe, comme c'est facile, comme c'est jouissif. On ne s'étonnera pas que l'auteur se soit empressé de re-tweeter son article au tout-Paris du monde.fr... (quelle étrange manière, n'est-ce pas ?) : il importe de mettre en valeur sa capacité à manier le snobisme, carrière à venir oblige. Car à quoi sert cet article, que nous apprend-il d'autre que le puissant arrivisme de l'auteur ? Rien. On ne voit que ce que l'on est prêt à voir, que ce que le champ de la conscience permet de percevoir. L'auteur n'a décidé de voir que des alcooliques, il n'ira pas plus loin. Sait-il seulement qu'il s'inscrit dans la filiation du Figaro, qui, il y a quelques années, publia un article passablement haineux qualifiant Fourmies de "trou du cul du baudet" ? Quel bel héritage ! N'est pas Truman Capote qui veut !
L'auteur aurait mieux fait de s'inspirer du fameux "numéro Behren" de Vice Magazine, long reportage très fouillé sur une petite ville d'Alsace, la "plus pauvre de France". Mais il est vrai que cela n'aurait été qu'une perte de temps pour son plan de carrière.
Cet article nous permet donc, encore une fois, de constater avec quelle jubilation un Rastignac peut défouler, sur un mode sadique, son mépris des "petits", une fois admis dans le cercle des puissants médiatiques.
On vous verra bientôt au monde.fr où vous distillerez de la pensée pré-mâchée bien consensuelle, monsieur l'"auteur", en attendant, nous vous prions de ne plus revenir, car vous n'êtes pas le bienvenu.
24/02/2012 | 10:42
Messieurs
Quel pourcentage de la population avez-vous vu pour décrire notre ville de cette façon?Fourmies est une belle petite ville qui à bien d'autre commerces que des cafés.Différent magasins dans le centre ville,plusieurs supermarchés,des entreprises diverses,un centre hospitalier ainsi que sa maternité,un thêatre entiérement rénové,plusieurs salles de sport.Pourquoi parler d'une minorité et résumé la vie sociale fourmisienne à quelques ragot de comptoirs?
La prochaine fois faites donc votre travail avec un peu plus conscience proffessionnelle.
22/02/2012 | 20:51
messieurs
Une journée à Fourmies et vous voila avec cet article misérable qui met à mal les 13000 habitants de cette petite ville , le raccourci est un peu rapide à vouloir faire croire que Fourmies est un cas isolé en France. Malheureusement non, de nombreuses villes sont actuellement dans la même situation de démantèlement industriel et pour cela vous auriez pu éviter de faire temps de kilomètres.Il faut arrêter de concentrer le nord autour de Lille des vrais gens habites également à l'extérieur de cette métropole. Quand à l'implication des fourmisiens et fourmisiennes dans la campagne présidentielle 2012 je ne pense pas qu'ils soient moins impliqués que la majorité des français qui ne croient plus en nos politiques et dans leurs capacité à résoudre les problèmes des français. Et nous ne sommes pas une bande de poivrots qui passent leur journée au PMU il y a aussi une majorité de personne qui se lèves tous les jours pour aller travailler.
La prochaine fois regardez un peu plus loin que le bout de votre nez et vous verrez également beaucoup d'aspect positifs.
22/02/2012 | 20:17
C'est scandaleux de dépeindre les habitants de Fourmies comme des imbéciles et des ivrognes ! Messieurs Tremblay et Dautreppe, vous devriez avoir honte. Votre article est un tissu de mensonges ! Vous jugez sans connaître la ville et ses habitants. Ce n'est du journalisme ce que vous faites là. Retournez donc apprendre votre métier et si vous voulez être pris au sérieux, découvrez ce que sont la conscience et l'éthique professionnelles.
22/02/2012 | 15:01
"Il en faut du courage pour vivre ici"... A vous entendre messieurs, le soi-disant courage des fourmisiens réside dans les boissons achetées dans les cafés !! Un samedi dites-vous être venus... En effet, il faisait froid et c'est sans aucun doute pour cette raison que le marché habituellement bruyant de monde avait été déserté... Mais certainement pas pour remplir les cafés !!! Non tous les commerces ne sont pas fermés ou au bord de l'agonie, non tous les fourmisiens ne sont pas au café et désoeuvrés comme vous le laissez entendre !!!! Certains étaient même en train de travailler figurez-vous en ce jour froid de février !!! Quant à l'ambiance pesante que vous avez ressenti, combien de temps êtes-vous resté pour vous permettre de juger une telle ambiance alors que je le rappelle encore une fois il faisait extremement froid en ce début de mois et que la plupart de la France était paralysée !!!!
Chasseurs de misère, vous l'êtes probablement mais sachez messieurs les bien-pensants étudiants journalistes que vous êtes, qu'en ces quelques lignes vous avez détruit l'image d'une ville qui par bien des côtés n'a rien à envier à la majorité des villes françaises...
Non messieurs, nous ne sommes pas, Fourmisiens (que je ne suis pas d'ailleurs, je ne viens à Fourmies que pour y travailler), des gens incultes, alcooliques, désoeuvrés et vivant hors du temps comme vous le laissez entendre. Alors la prochaine fois, faites au moins l'effort de chercher un peu entre deux trains...
Par ESJ FTV. Les étudiants de l'Ecole Supérieure de Journalisme de Lille suivent la campagne présidentielle au plus près du terrain en se donnant pour cadre le Nord–Pas-de-Calais. Un regard décalé qui tente d'éclairer les enjeux nationaux de la campagne.